B’H
Nous sommes aujourd’hui le 31 Janvier 2007. Cela fait donc très exactement deux mois que j’ai quitté Miami pour Eretz Israël. De la Galout vers la Guéoula.
Ou bien serait-ce l’inverse ?
Après deux mois en Eretz, comme me semble doux l’exil calme et bleuté de la Floride. Terre plate et ensoleillée où tout semble être calme, chaud et droit. Droit comme la A1A, elle-même parallèle à la US1 qui l’est à la 95. Droit comme les blocs et les larges avenues où tout se déroule régulièrement, où pour aller d’un endroit à l’autre il suffit de suivre les droites et de tourner à angle droit quand c’est indiqué. La vie à Miami ressemble à sa carte routière. Tandis qu’en Israël… Ah ! Mais c’est le charme moyen-oriental, me direz-vous, le désordre apparent d’une structure sous-jacente. Les voitures qui klaxonnent à la moindre contrariété, les bus qui ne vous écrasent pas que par miracle, les ruelles étroites où les chauffeurs de taxi trouvent quand même le moyen de vous doubler. Les rues se tortillent, se contorsionnent, et les sens interdit vous entraînent dans un labyrinthe sans fin quand la rue que vous cherchiez se trouve à seulement quelques mètres sur la gauche. Ne vous fiez pas non plus aux panneaux indicateurs, ils sont comme des mauvaises herbes qui poussent n’importe où, n’importe comment. Et ainsi va la vie, stressante, rapide, bruyante, déstabilisante. L’exemple même de ce que devrait être la Galout. Alors je vous pose la question : où est D. ? Ne nous a-t-on pas dit et redit que c’est en Israël, à Yéroushalaïm en particulier que se trouve la Shéchina ? Sans prétendre avoir tout comprit, j’ai trouvé une réponse dans notre paracha, Béchala’h.
Il est dit que si des Juifs ne savent pas quelle est la paracha à lire, ils doivent lire le passage qui parle des lois de Shabbat, c'est-à-dire de la Manne. La Manne est en effet intrinsèquement liée à Shabbat, car pour résumer, la double portion du vendredi, doit nous renforcer dans notre émouna que D , est le seul « provider », que tout vient de Lui, et qu’à nous ne revient que de sanctifier le Shabbat. Cette sanctification, nous amène et nous guide d’un Shabbat à l’autre. La semaine, elle, est contenue par la bracha du Shabbat qui la précède et de celle du Shabbat qui arrive. C’est ainsi que nous avons nos deux Challot en souvenir de cette double portion. Et ces Challot, nous les posons sur un naperon, et les recouvrons d’un autre, tout comme la manne que nous recueillions et protégions en haut comme en bas. Tout dans cette paracha semble faire allusion à cette double image du « sandwich ». Même l’ouverture de la mer, puisqu’en la traversant, on peut dire que les Bnei Israël étaient entre deux parois d’eaux.
Pour continuer, nous pouvons remarquer que la paracha commence en mentionnant les Philistins et se termine avec Amalek. Soixante-dix nations, D. a créé, et Israël qui continue d’essayer d’être la soixante et onzième ! Mais Barou'h Hachem, nous avons Amalek et les Philistins dont le seul but est de nous en empêcher. Ils sont là pour nous pousser à nous dévoiler (comme D. nous dévoila Sa Torah), afin d’être une lumière parmi les nations. Nous apprenons du Zohar, que les Philistins ne sont que le prolongement d’Amalek. Ils ne sont que les deux faces d’une même pièce. Les deux ont la même mission, de nous permettre d’exister. L’un agit à l’extérieur, l’autre à l’intérieur. Amalek est le safek, le doute, qui se dit non antisémite, mais antisioniste. Soyez Juifs, mais pas sur la terre d’Israël ! Et le Philistin, qui vit chez nous et nous pousse à la rationalisation destructrice de la concession. Concession de la Terre, de la Torah, de la part que nous accordons dans notre quotidien à la Shéchina.
En arrivant ici, je me suis sentie dédoublée. A Miami, tout semble simple comme cela le devrait avec l’éclairage de Shéhina, alors qu’en Eretz Israël, la vie ressemble plus à un cafouillage perpétuel. Ainsi sont les apparences, la sérénité floridienne et le tumulte israélien. Le calme nous fait oublier comment vraiment diriger nos prières vers le Maître du monde, tandis que la fiévreuse agitation qui rythme la vie de chaque israélien le pousse à crier vers son Père. Et pourtant…Et pourtant ne prie bien que celui qui a la émouna, et celui qui a la émouna est quelqu’un de calme, pour qui la vie est droite, parce qu’aussi tortueuse qu’elle semble l’être, il sait que c’est le Maître du monde qui dirige tout, donne tout et que c’est de Lui que lui vient sa Manne quotidienne et que la seule chose dont il ait la charge, c’est de sanctifier le Shabbat.
C’est ainsi que depuis deux mois, je m’efforce chaque jour à repousser les attaques des Philistins et d’Amalek et de dévoiler la Shéhina cachée mais en apparence dévoilée de Miami en Israël où la Shéhina est dévoilée mais en apparence cachée.
Je ne peux que remercier le Créateur qui m’a fait habiter à Miami pour y apprendre ce calme serein, le vivre, l’assimiler, jusqu’à ce qu’il devienne une part de mon être, et que je me sente obligée de faire mon maximum pour ne pas m’en départir, ne pas le perdre dans le tourbillon où le yetser hara m’entraîne jour après jour. Car si Israël est la terre de la Shéhina, elle est aussi celle où le yetser hara déploie toutes ses forces.
Je n’ai qu’une chose à vous dire, vous qui êtes à Miami, loin des bagarres politiques, des attentats, des difficultés déchirantes de la réalité israélienne : profitez ! Profitez au maximum du soleil, de la mer, des avenues larges, de Walmart. Empiffrez-vous de quiétude, sucez la substantifique moëlle de la tranquillité, car bientôt votre tour viendra, et très bientôt, quand le Machia’h nous emmènera tous en Eretz Israël, à vous sera la charge, de dévoiler cette force tranquille qui est l’aplomb de l’homme de la émouna, l’homme de la Shéhina !